Comment vivre avec 1500 euros ?
Le premier ministre s’étonnait l’autre jour sur une radio : comment peut-on vivre avec 1500 euros et 500 euros de loyer ? A l’évidence, ce genre de problème était pour M. de Villepin du chinois.
15 décembre 2006
L’homme n’a guère eu l’occasion de croiser dans son existence de telles situations. Déjà, un loyer à 500 euros, pas la peine de le chercher à Paris mais plutôt dans la grande banlieue. Quant au salaire à 1500 euros, par les temps qui courent, ce serait une chance !
La réalité des chiffres, selon le CERC, le Conseil emploi revenus cohésion sociale, c’est que la moitié des personnes habitant la France métropolitaine disposent d’un revenu inférieur à 1315 euros par mois. La réalité, c’est que le minimum vieillesse que touchent des centaines de milliers de femmes qui ont travaillé au SMIC ou à temps partiel est de 610 euros par mois. La réalité encore c’est que le nombre de « travailleurs pauvres » qui ne peuvent se loger a explosé ces dernières années, que les tentes et les caravanes qui ne concernent pas que les SDF se multiplient dans nos villes, que les jeunes soumis à la violence quotidienne de la précarité, des petits boulots, des stages non payés, des CDD à répétition deviennent pour une part considérable d’entre eux des pauvres parmi les pauvres, c’est que les revenus de tous les salariés stagnent. En revanche, note aussi le rapport du CERC, « la croissance des dividendes versés aux actionnaires des grandes sociétés est spectaculaire dans les années récentes et ressentie comme telle par l’opinion publique ».
1500 euros, c’est précisement ce que demande la CGT pour le SMIC mais à Matignon sans doute l’émotion du premier ministre a tourné en eau de boudin. C’est que l’on s’y méfie des « solutions faciles » comme un coup de pouce au SMIC justement, parce qu’il s’agit en résumé « d’améliorer le pouvoir d’achat des Français sans grever la compétitivité des entreprises ». améliorer leurs revenus en somme mais sans lâcher un sou ! Le président du Medef là dessus est bien d’accord avec Matignon à moins que ce ne soit l’inverse. Pour Laurence Parisot même un coup de pouce de cent euros qui porterait le SMIC à un peu plus de 1000 euros serait trop. Pas « réaliste » dit-elle. « Pas réaliste » répète de son côté Nicolas Sarkozy. »Pas réaliste » semblait dire aussi Ségolène Royal lors des débats télévisés avec ses concurrents. C’est au programme en revanche des antilibéraux que les Français sans doute aimeraient entendre un peu plus là dessusmoins... autrement.
1500 euros donc. C’est indispensable. Mais contrairement aux thèses libérales et au réalisme capitaliste du MEDEF, il faut allier croissance et relance du pouvoir d’achat, compétitivité et sécurisation des parcours professionnels, lutte contre la précarité et accès à un logement décent. C’est de cela que le pays devrait débattre. Les salaires, dit un sondage paru dans les Echos, sont devenus la question numéro un de Français qui, à 70%, avouent être incapables d’épargner...
Bon sujet de débat pour la présidentielle.



