PLUTÔT QUE CASSER LA CARTE SCOLAIRE,réinvestir dans une politique d'éducation
Lancée par N. Sarkozy en février dernier, relancé par S. Royal en septembre,la carte scolaire ouvre la saison électorale de façon tonitruante.
6 octobre 2006
Pointée du doigt : le taux croissant des contournements de la carte scolaire par les familles favorisées.
Mise en accusation : la sectorisation dont on dit que la rigidité nuit aux plus pauvres. Le minis¬tre de l’Intérieur propose de la supprimer, S. Royal de l’assouplir. Le ministre s’empare du dossier, on parle d’un rapport en novembre : le traitement se fait donc au pas de charge.
Or le problème est complexe quand il met en relief la ghettoïsation des établissements des quartiers populaires. Climat dégradé, rapports conflictuels, voire bru¬taux, enseignements difficiles à délivrer autant qu’à suivre : les familles tendent à fuir certains établissements. Pour le sociologue François Dubet, le système est hypocrite car les seuls que la carte scolaire contraint réellement seraient les familles populaires. Dotées d’un plus grand capital financier et informationnel, les autres ont les moyens de trouver refuge en dehors de leur secteur ou dans le privé.
Sarkozy propose de faire sauter la carte scolaire, non sans avoir renforcé au préalable l’autonomie des établissements (choix d’organisation des classes, des enseignements, etc). Le ministre de l’Éducation parle lui d’étendre l’autori¬sation de choisir son lycée aux élèves des collèges défavorisés obtenant mention Bien ou Très bien au brevet. S. Royal, elle, envisage d’élargir la sec¬torisation et d’offrir un éventail de choix de deux ou trois écoles, collèges, lycées.
Mais laisser le choix aux parents, n’est ce pas s’engager dans une logique libérale dont les parents eux-mêmes seront les premières victimes ?
Voir la Grande Bretagne : dépendant de la volonté des familes, les établissements sont mis en concurrence et s’engagent, dès lors, dans des politiques de recrutement où la réputation compte plus que tout. Les bons élèves sont choisis aux dépens de ceux en difficulté, dont on sait qu’ils sont bien souvent les plus démunis socialement. Au final, le choix des parents devient celui des établissements. S’en sortent les mieux dotés d’un côté, les mieux cotés de l’autre.
Il y a une autre manière de défendre le choix des familles : compenser le handicap social dont souffrent certains établis¬sements afin d’en accroître l’attractivité. Travailler au meilleur fonctionnement des équipes ou aux pratiques scolaires. Leur donner les moyens de le faire, aussi. “ Il faut rendre à l’éducation nationale les dizaines de milliers de pos¬tes supprimés ces dernières années, réinvestir dans une véritable politique d’éducation prioritaire ” estime MG Buffet, secrétaire nationale du PCF



