Privatisation du Gaz : la bataille continue

Au terme d’un incroyable forcing, mené tambour battant tout l’été, pour imposer la privatisation du gaz, le gouvernement et les deux directions de groupe l’affirmaient haut et fort : c’était gagné ! Affaire conclue ! La fusion GDF-Suez était acquise ! Et puis voilà que la décision de la cour d’appel de Paris vient doucher cet enthousiasme. La fusion ne pourra avoir lieu en 2006 et le calendrier 2007 reste incertain.


Autrement dit, contrairement aux affirmations officielles, la bataille continue. C’est un désaveu clair et net. Une nouvelle opportunité se présente pour relancer la mobilisation et mettre en échec le projet. Le grain de sable juridique qui vient de bloquer la machine ne relève pas du hasard.

Si la justice a donné raison aux avocats du comité central d’entreprise, et rendu du même coup impossible la tenue du conseil d’administration de GDF censé valider la fusion, c’est en pointant expli¬citement le défaut d’information qui a précédé cette réunion. En vérité, le manque d’information, la méthode du secret et l’absence de trans¬parence caractérisent depuis son origine le processus en cours.

Le projet est né dans l’ombre, concocté entre des hom¬mes du gouvernement, les actionnaires de Suez et la direction de GDF, en tenant continuellement à l’écart les salariés et leurs syndicats. Durant le débat parle¬mentaire, les députés communistes avaient violemment protesté contre la non-communication de plusieurs docu¬ments importants. Pour accélérer l’exa¬men parlementaire et empêcher le débat public de se déployer parmi les salariés dans le pays, le Parlement avait été convoqué en session extraordinaire dès le début septembre. Et ces dernières semaines, les deux directions de groupe avaient l’ambition de boucler la fusion en un temps record. Patatras ! Elles viennent de se faire prendre la main dans le sac et de se faire rappeler à l’or¬dre par la justice pour n’avoir pas res¬pecté un “ calendrier intégrant les exi¬gences légales ”. Excusez du peu ! À force de s’emballer, le rouleau compres¬seur antidémocratique de la fusion a fini par déraper. Encore a-t-il fallu pour cela toute la vigilance des syndicats et de leurs avocats.

Il n’est pas inutile de rappeler que cette précipitation n’a jamais été motivée par de réels motifs industriels. On se rap¬pelle comment le prétexte, d’abord mis en avant, d’une menace d’OPA de l’ita¬lien Enel, s’était par la suite dégonflé. Depuis des mois déjà, le calendrier de cette marche forcée vers la fusion n’est dicté que par les impératifs des action¬naires de Suez, avides de conclure une juteuse opération, et les impératifs politiciens du gouvernement Villepin qui s’est servi de cette opération pour impo¬ser à Sarkozy le reniement de la parole donnée en 2004. Mais à force de se régler sur ses seuls agendas financier et politicien, au détriment du dialogue social, du respect des partenaires sociaux, de l’intérêt de l’entreprise, la direction de GDF vient de se prendre les pieds dans le tapis. Le plus grave dans tout cela étant que les protagonistes de cette affaire n’auront pas hésité à brader la maîtrise publique d’un secteur éner¬gétique clé, au moment précis où ses enjeux apparaissent comme essentiels à un développement durable à l’échelle de la planète entière.

Le blocage temporaire du projet et le report de son hypothétique conclusion en pleine campagne électorale doivent absolument être utilisés pour remettre le dossier sur la place publique. Faut-il livrer le gaz aux marchés financiers ou maintenir et renforcer la maîtrise publi¬que de l’énergie ?

Voilà un sujet de débat essentiel pour les mois à venir. Ce débat peut être conduit à cette occasion avec la transparence qui lui a fait jus¬qu’ici tant défaut.

Aux citoyens de reprendre la main. Oui décidément, la bataille continue 